Témoignage de Philippe Perperot
Mon premier contact avec le projet d’Atelier de Géographie Rural Numérique (AGRN) date de fin 2001, début 2002. Adjoint au Maire de la commune d’Annesse et Beaulieu, je travaillais avec Jacques Ranoux (Maire de la commune de Montrem) sur la mise en place de la future Communauté de Communes Astérienne Isle et Vern (CCAIV).
Jacques m’a invité à une première réunion d’un groupe de réflexion sur la mise en œuvre d’un projet visant à animer le territoire de la vallée de l’Isle autour de St Astier et à rendre ses évolutions plus lisibles pour les habitants et les acteurs socioéconomiques. L’idée générale était de s’appuyer, entre autre, sur les ressources d’information géographiques et cartographiques (ressources qui n’étaient pas uniquement et forcément numériques dans l’esprit du projet).
Un intérêt pour le projet
J’étais, à titre professionnel, responsable du Pôle Géomatique et Administration de Données à la Direction Départementale de l’équipement de la Dordogne (DDE 24). Cette initiative m’intéressais dans la mesure où je faisais le constat quotidien d’une absence de relais et de compétences suffisantes sur les territoires ruraux dans le domaine de la géographie numérique. Trouver des acteurs pour récupérer, utiliser et valoriser les données et informations cartographiques numérisées que nous avions commencé à produire depuis quelques années au sein de la DDE 24 relevait du défi.
J’ai donc participé aux premières réunions sur ce projet en tant que représentant de la DDE 24 et acteur professionnel associé, avant d’y prendre un rôle de membre actif et engagé bénévole.
Des principes fondateurs
Dés les premières réunions un groupes de pilotage s’est mis en place et quelques principes ont été mis en avant pour la conduite de ce projet.
Ces principes guident toujours aujourd’hui les actions de l’atelier :
- construire le projet dans l’esprit d’un "partenariat :
- de compétence,
- de volonté d’action et d’expérimentation territoriale,
- le plus large possible ;
- faire « Atelier » : au sens où l’objectif était de « faire et d’expérimenter ensemble » dans un atelier où les usages et les pratiques sont co-construites, partagées et transmises à tous ceux qui souhaitent s’engager dans le travail de partage de la connaissance et de construction des initiatives et des projets ;
- un souci d’ouverture à chaque citoyen du territoire et même au delà du territoire de projet pour permettre au plus grand nombre d’accéder à l’esprit, aux ressources, à l’expérience acquise et aux futurs outils du projet.
Aujourd’hui que retenir ?
Aujourd’hui en 2008, après un parcours de presque 7 années avec le projet d’AGRN, il apparait que la force et la réussite de la démarche engagée repose sur la capacité d’ingénierie collective qui s’est progressivement construite, capitalisée et agrégée pour aboutir à des résultats tangibles :
- des outils numériques progressivement mis en place avec un fort souci de tenir compte des besoins et des usages en secteur rural,
- une offre de services collectifs aux acteurs territoriaux sur la base d’outils numériques (mais pas uniquement) réfléchis et adaptés aux besoins des acteurs des territoires ruraux,
- un développement des capacités d’animation des projets territoriaux,
- un potentiel de transmission de « savoirs faire » et de compétences rares en secteur rural,
- une ouverture inestimable sur le monde de l’enseignement et de la recherche appliquée pour l’animation et le développement des territoires.
Le projet s’appuie désormais sur le plus intéressant des potentiels d’avenir :
- des « jeunes » (et parfois moins jeunes mais enthousiastes) élèves, étudiants, chercheurs, enseignants, professionnels, bénévoles et élus qui participent désormais aux développements du projet.
J’émets le souhait, pour leurs vies professionnelles et personnelles, qu’il sauront retenir :
- l’esprit d’enrichissement par le partage de ressources et de compétences,
- la méthode tournée vers l’expérimentation et l’action sur le territoire.
Ce que je retiens donc de ces sept années c’est que l’aspect numérique et technique du projet est essentiel, mais aussi totalement insuffisant. Il faut s’attacher à comprendre la dimension de construction et d’animation collective qu’il nécessite. L’individualisation à outrance des usages et des pratiques des techniques numériques est aux antipodes des objectifs d’usages et de partage des techniques numériques recherchés par l’association.
A l’AGRN les techniques numériques sont utilisées pour favoriser l’animation de véritables projets collectifs porteurs d’avenir et de développement pour les territoires qui adhérent à la démarche et pour tous ceux qui s’enrichissent mutuellement en participant à ces projets.
Philippe Perperot Membre de l’AGRN et Trésorier.
Témoignage de Coralie Pradel
L’histoire de l’AGRN a débuté en 2001 sous l’impulsion de quelques uns, qu’on a pu croire utopistes ou doux rêveurs, qui se disaient qu’il était crucial que les populations locales s’approprient leur territoire.
Ces populations très hétérogènes, une sorte de melting pot périgourdin, avaient un vécu et une approche parfois très éloignés de leur environnement local : les uns, originaires du pays, avec une culture agricole et rurale bien ancrée ; d’autres, « néoruraux », découvraient les charmes et la quiétude de la vie à la campagne, en apprivoisant ses espaces, tout en ayant une culture urbaine fortement marquée et des besoins en service non satisfaits.
Ce constat dressé, comment créer du lien social pour que ce territoire vive ? Que les énergies deviennent synergies ? Ce secteur de la Dordogne particulièrement traumatisé par le déclin d’industries traditionnelles semblait en perte de confiance, en survie, en sursis. Comment retrouver une identité territoriale, dans laquelle chacun se retrouverait, prendrait place et en deviendrait acteur ?
Voilà les enjeux auxquels quelques uns –que l’on a pu alors qualifier gentiment d’utopistes ou de doux rêveurs - ont voulu modestement, mais avec conviction, apporter une réponse.
L’AGRN est alors née, et sur la base d’un outil cartographique - la superposition de couches d’information très variées touchant de nombreuses caractéristiques du territoire (économiques, sociales, démographiques, environnementales) - a permis une meilleure appréhension du territoire par ses habitants. Parmi d’autres, j’ai contribué à l’émergence de cet Atelier, en qualité de chef de projet intercommunalité sur le canton de Saint-Astier ; le diagnostic de territoire que je conduisais alors dans la perspective de création d’une Communauté de communes nourrissait en parallèle les réflexions autour de l’Atelier de géographie rurale numérique. La mobilisation des acteurs s’est faite progressivement. Un premier site Internet a vu le jour, même si l’on pourrait aujourd’hui considérer qu’il a côtoyé les dinosaures ! Le projet s’affinant, des questions technico-administratives sont vite arrivées : quelle structure juridique serait la plus adaptée ? Comment financer et pérenniser le fonctionnement et les investissements relativement lourds nécessaires au démarrage des activités de l’AGRN ?
L’association a fait ses premiers pas sous la présidence d’Yves Fontan, bien courageux d’accepter cette fonction, et qui a découvert l’ampleur du projet et a vite compris que le jeune retraité qu’il était n’allait pas s’ennuyer ! Et puis, très vite nous avons pu recruter les premiers personnels et le binôme Cécile et Cyril, particulièrement motivé par le projet, a très rapidement pris les choses à bras le corps.
Fin 2002, la Communauté de Communes Astérienne Isle et Vern se crée et la direction m’en est confiée. Bien entendu, je suis alors très demandeuse de services auprès de la jeune AGRN : imaginez, mener un projet intercommunal sans pouvoir disposer d’une cartographie de l’ensemble de mon territoire d’action ! Recenser les disponibilités foncières en vue de projets d’aménagement d’ampleur tels qu’une zone d’activités économiques, une aire d’accueil pour les gens du voyage, une déchèterie… cela impliquait de photocopier toutes les planches cadastrales des communes, de découper, de coller, de décalquer, de superposer… un bricolage qui n’était pas digne des potentiels de ce territoire. La CCAIV en tant qu’établissement public s’est donc fortement impliquée pour aider au développement de l’AGRN.
Lorsque j’ai quitté mes fonctions en 2007, je pouvais consulter le cadastre depuis mon ordinateur … le service environnement pouvait gérer les circuits de collecte et vérifier l’état des équipements de déchets ménagers depuis nos bureaux… Quel outil formidable et quelles perspectives !
Aujourd’hui, membre de l’association à titre personnel, je suis heureuse de contribuer modestement à ce bel outil.

